La Mercedes-Benz 300 SLR "Uhlenhaut coupé" est directement dérivée de la 300 SLR de compétition inscrite en championnat d'endurance, elle-même dérivée de la Formule 1 W196.
C'est avec cette dernière que Juan Manuel Fangio obtiendra son 2ème et 3ème championnat du monde des pilotes de Formule 1 en 1954 et 1955. Contrairement à ce que peut laisser penser son
appellation, la 300 SLR n'est pas une évolution de la 300 SL de compétition de 1952 (W194), ni une descendante de la mythique 300 SL (W198) avec lesquelles elle ne partage pas grand-chose,
si ce n'est son châssis et ses fameuses portes papillon.
Tout commence donc avec la W196 qui marque le retour à la Formule 1 du constructeur Mercedes-Benz en 1954. Cette monoplace existe en deux versions, une avec les roues dégagées
pour les circuits dits plus lents et une entièrement carénée, développée pour les circuits rapides tels Monza ou encore Silverstone. Pour participer aux épreuves du
championnat du monde des voitures de sport, Mercedes Benz fait évoluer la W196 en 300 SLR (W196s), une barquette bi-place. Contrairement à la Formule 1, en endurance, la cylindrée du moteur
n'était pas limitée à 2,5L. La SLR reçoit donc le 8 cylindres de la W196, mais avec cette fois une cylindrée de 3L, obtenue principalement grâce à l'allongement de sa course de 68,8 à 78 mm.
Exepté l'abaissement du taux de compression et la modification du vilbrequin pour assurer une meilleure fiabilité, ces deux moteurs restent sensiblement les mêmes.
Accouplé à une boite de vitesses à 5 rapports la SLR développe 310 chevaux et peut tutoyer les 300 km/h, une sacrée performance pour l'époque.
Avec le châssis 0004/55, Stirling Moss et son copilote, le journaliste Denis Jenkinson, remportent, le 1er mai 1955, la course des Mille Miglia. Avec un temps de
10 heures, 7 minutes et 48 secondes, ils finissent cette course mythique à une moyenne de 157 Km/h sur 1600 km de route ouverte, un record encore inégalé à ce jour.
Pour l'épreuve des 24H du Mans, Mercedes ajoute à la 300 SLR un "Aérofrein" pour aider le freinage de ses quatre tambours, mais surtout pour essayer d'approcher l'efficacité redoutable
des tous nouveaux freins à disque mis au point par Jaguar sur sa Type D.
C'est en fait une partie du capot arrière qui grâce à un système à commande hydraulique, se soulève, permettant de préserver les freins et générant un appui aérodynamique supplémentaire
en virage.
Alors que la SLR domine ses concurrents dans à peu près toutes ses courses, tant en Formule 1 qu'en endurance, une terrible tragédie allait s'abattre sur la compétition automobile et frapper
de plein fouet Mercedes.
Le 11 juin 1955, au 35ème tour des 24H du Mans, le pilote de la Mercedes n°20, Pierre Levegh, percute à l'approche des stands, une Austin Healey se déportant brusquement sur la
gauche pour éviter une autre voiture. Les débris de la SLR, dont son moteur, s'envolent à plus de 200 km/h dans les tribunes, tuant plus de 80 spectateurs ainsi que Levegh.
La direction de course prendra la décision de continuer l'épreuve afin de ne pas embouteiller les routes par le départ des spectateurs et ansi laisser le champ libre aux secours.
Lorsque les chiffres de cette terrible tragédie tombent peu avant 2H du matin, Mercedes alors en première position avec la 300 SLR de Fangio & Moss, retirera ses deux voitures restantes de la
course en signe de deuil.
Juste après Le Mans et en prévision de la course Carrera Panamericana prévue en novembre, deux châssis furent équipés d'une carrosserie de coupé. Le projet fut confié à l'ingénieur en chef Rudolf
Uhlenhaut, mais suite à la tragédie du Mans, l'épreuve mexicaine sera annulée. Nos deux SLR coupé ne connaitront malheureusement jamais la course, Mercedes, malgré le titre de
champion du monde des voitures de sport 1955 en poche, se retirera de toutes les compétitions automobiles, et ce jusqu'en 1987, ou elle signera son retour en endurance
avec la merveilleuse Sauber-Mercedes C9.
Le premier exemplaire de SLR coupé porte le numéro 0007/55 et ce n'est pas un tout nouveau châssis puisqu'il a fait ses débuts justement aux 24H du Mans 55, carrossé en roadster.
C'est même lui, avec Fangio et Moss à son volant, qui menait la course quand Mercedes a abandonné. Une fois recarrossé en coupé, il deviendra voiture de réserve pour les dernières
courses de la saison et à partir de 56, sera le véhicule de fonction de Ulhenhaut. La rumeur dit que ce dernier, en retard pour une réunion, aurait parcouru les 220 kilomètres
séparant Munich de Stuttgart en à peine une heure ! Courant 57, il sera mis à disposition de quelques rares journalistes, qui relatent des essais privilégiés, parlant d'une voiture très puissante
à l'adhérence exceptionnelle mais aussi d'un moteur très bruyant !
Depuis cette époque, 0007/55 est jalousement gardé par Mercedes, qui l'expose dans son musée de Stuttgart depuis 2006 et où j'ai pu l'admirer lors d'une visite en 2015.
La Carrera Panamericana annulée, la construction "moins urgente" du deuxième châssis, le 0008/55, n'aurait commencé qu'en décembre 55 et achevé en juin 56.
Dans l'année qui suivie, elle fera une série d'essais, notamment à Monza sur la piste ovale, équipée d'un imposant silencieux d'échappement extérieur et d'un capot modifié avec une
large prise d'air rectangulaire. En 2003, elle fera plusieurs apparitions sur les images promotionnelles de la nouvelle Mercedes-Benz SLR McLaren. Tout comme le premier châssis,
Mercedes le gardera précieusement, lui faisant parcourir les salons et les démonstrations mais à la surprise générale, la maison de vente RM Sotheby's annonce pour son catalogue 2022,
sa vente exceptionnelle. Conclue en mai, à huis clos, cette vente sera adjugée pour à peu près 135 millions d'euros, faisant du deuxième coupé SLR, la voiture la plus chère du monde ...
Si on fait les comptes, il y a donc 8 châssis de SLR et même 9, si l'on ajoute 0009/55, qui ne sera malheureusement, jamais achevé.
- 0001/54, construit fin 54, qui servira de prototype de développement et est exposé au musée Henry Ford, à Dearborn, dans le Michigan.
- 0002/55, 0003/55, 0004/55 sont conservés et exposés au musée Mercedes de Stutgart.
- 0005/55 est exposé à la Cité de l'Automobile à Mulhouse.
- 0006/55 responsable de la tragédie du Mans 55 a été entièrement détruit pendant l'accident.
- 0007/55 & 0008/55 sont les deux SLR Coupé evoquées dans cet article.
Vous allez pouvoir découvrir sur cette page le châssis 0008/55, le deuxième, reconnaissable à son intérieur rouge et à l'absence du petit logo Mercedes au-dessus de la calandre.
Il s'agit d'un modèle réduit à l'échelle 1/8ème reproduit par Legrand et c'est une miniature à monter. A noter que Legrand a tout d'abord reproduit 0007/55 avec son interieur bleu, mais
cette miniature n'est plus disponible à l'heure ou j'écris ces mots. J'ai donc craqué pour cette mouture et si elle n'est pas exempte de défauts, manque de pièces, doc de montage difficile
à suivre et parfois fausse ou encore des ajustements perfectibles, elle reste tout de même une magnifique miniature qui impressionne par ses 7,5 kilos.
Acquise en mars 2026, je n'y ai apporté que de rares améliorations tant elle est déjà bien détailée. Il m'aura fallu un petit mois pour venir à bout de son montage dont vous pouvez suivre
toutes les étapes ICI.